Cette semaine, une personne a partagé sur mon mur Facebook un article intitulé « Les personnes qui râlent tout le temps sont plus intelligentes que les autres… . Et voici pourquoi! » me demandant mon point de vue. La question est (im)pertinente et mérite d’être posée. J’ai décidé de prendre le temps d’y répondre.

Ma réponse à l’article « Les personnes qui râlent tout le temps sont plus intelligentes que les autres… . Et voici pourquoi ! »

Tout d’abord pour faire référence au titre de l’article, selon Albert Jacquard, l’intelligence, c’est la faculté de comprendre. Or comprendre quelque chose, c’est toujours long. Être vraiment intelligent, c’est…comprendre qu’on n’a pas compris. […] Mais comprendre que l’on n’a pas encore compris, c’est beaucoup plus intelligent que de croire que l’on a compris[…]. (Jacquard, 2013)

A ce jour, je ne vois donc pas le lien entre le fait de râler ou de ne pas râler, et l’intelligence en question.

« Joseph Paul Forgas, psychologue social Hongrois et actuellement professeur à L’Université de New South Wales, en Australie, démontre que la mauvaise humeur et l’énervement aident à la concentration et permettent de mieux juger les choses ». (Forgas, 2013)

Je confirme, toutes les émotions ont un sens, y compris les émotions négatives comme la peur, la colère, le dégoût ou la tristesse, et il est important de leur laisser un espace. D’ailleurs, des études insistent sur le fait qu’un certain ratio d’émotions négatives est nécessaire à notre équilibre.

« […]  Par contre, notre bon fonctionnement psychologique repose sur trois-quatre émotions positives pour une émotion négative ». (Andre, 2013)

Dans l’article, « Les personnes qui râlent tout le temps sont plus intelligentes que les autres », on nous explique que dans les années 1970, Paul Ekman, pionnier des sciences de la psychologie, avait identifié six émotions humaines de base. Quatre d’entre elles étaient des émotions négatives – la peur, la colère, le dégoût et la tristesse (les deux dernières étant la joie et la surprise). (Forgas, 2013)

Il est intéressant de préciser que dans les années 1990, Paul Ekman a établi une liste élargie des émotions de base (16), dont un plus large éventail d’émotions positives. (Ekman, 2013)

Les émotions

 On sait aujourd’hui que ressentir des émotions positives est un facilitateur de bonne santé physique, d’altruisme, de créativité, d’autocontrôle, et une composante déterminante du bien-être.

Apprendre à les décrypter finement est essentiel. Nos émotions nous informent sur nos états intérieurs respectifs et sur notre équilibre intérieur.

Certaines personnes restent en colère longtemps (tristes, de mauvais poil – en référence à l’article), parce qu’elles n’ont jamais pris le temps d’identifier l’émotion en question. Pour cette raison, il est primordial d’apprendre leur langage. Pour cela, je vous propose d’utiliser la roue des émotions que vous trouverez ici : www.l’autrementdi.net. D’autre part, je vous invite à l’utiliser aussi souvent que possible afin d’affiner la compréhension de votre ressenti. Cet outil peut vous aider à conscientiser ce que vous ressentez, mettre des mots sur les émotions qui correspondent, et surtout à exprimer le ou les besoins.

En élargissant nos couleurs émotionnelles, nous enrichissons notre palette de réaction face à la vie car on ne prend pas soin de son besoin de la même manière quand on est inquiet, confus, triste ou de mauvais poil (en référence à l’article). L’un des principaux rôles des émotions est de nous informer sur nos besoins et leur état actuel. Nos émotions négatives révèlent des besoins non satisfaits, alors que nos émotions positives reflètent des besoins satisfaits.

« Les personnes tristes et de mauvais poil sont dans les meilleures conditions pour prendre une décision difficile ». (Taboola, 2016)

Si je suis triste et de mauvais poil, je souffre très certainement d’un besoin de reconnaissance, d’aide et de soutien. Alors, peut-être que je suis capable de prendre une décision difficile, mais cette solution ne prend en aucun cas compte de mes besoins non satisfaits.

Les neurosciences confirment

Steven Parton, explique comment le fait de se plaindre altère non seulement les synapses de notre cerveau, mais a également de graves répercussions sur notre santé mentale. Il va même jusqu’à affirmer « Se plaindre peut littéralement vous tuer ! ». Pour cela, il faut partir d’une des premières leçons qu’apprennent les étudiants en neurosciences : « Les synapses qui s’activent ensemble s’assemblent ».

A l’intérieur de nos cerveaux existent des synapses (zones situées entre deux neurones) qui assurent le transport des informations d’une cellule à une autre. Ces synapses existent dans un espace vide appelé la fente synaptique.

Chaque fois que nous avons une pensée, une synapse envoie un produit chimique dans la fente vers une autre synapse, créant ainsi « un pont » sur lequel un signal électrique peut traverser en transportant la charge de l’information pertinente.

Le problème, nous explique Steve Parton, est que « chaque fois que cette charge électrique est déclenchée, les synapses se rapprochent ensemble afin de diminuer la distance que la charge électrique doit traverser. Le cerveau recâble lui-même son propre circuit (se change physiquement) pour faciliter le partage des signaux électriques afin d’aider la pensée à se déclencher ». Donc avoir une pensée facilite pour le cerveau « la tâche » d’avoir une pensée similaire.

Ce qui voudrait dire que petit à petit, nos râleries engendrent d’autres râleries sans même que nous soyons conscients ! Non seulement nos râleries répétées augmentent la création de râleries toujours plus négatives, mais il est aussi fort probable qu’elles se manifestent sans être invitées, à n’importe quel moment, alors que nous sommes tout simplement occupés à naviguer dans notre quotidien.

Ces synapses rapprochées jour après jour nous amènent à cultiver une vision pessimiste de la vie. Plus nos râleries se répètent, plus nous rapprochons la paire de synapses qui les représente. Quand nous sommes confrontés à une frustration ordinaire du quotidien […] et que nous sommes amenés à choisir la posture que nous voulons prendre, la pensée qui gagne sera celle qui a le moins de distance à parcourir, celle qui aura créé le pont le plus rapide entre les synapses : la râlerie. Nous nous retrouvons dans une spirale de négativité sans que nous puissions la contrôler. (Parton, 2015)

Alors, non les personnes qui râlent tout le temps ne sont pas plus intelligentes que les autres…Et voici pourquoi !

« Si tu n’aimes pas quelque chose, change-le. Si tu ne peux pas le changer, change ton attitude »

-Maya Angelou

Références